N°2 / El gesticulador de Rodolfo Usigli 1

AVANT-PROPOS

Davy DESMAS-LOUBARESSE

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<p style="text-align:justify; margin-bottom:11px"><span style="font-size:11pt"><span style="line-height:107%"><span style="font-family:Calibri, sans-serif"><span style="font-size:12.0pt"><span style="line-height:150%"><span new="" roman="" style="font-family:" times="">Ce deuxi&egrave;me volume des <i>Cahiers du Grhaal</i> est consacr&eacute; &agrave; l&rsquo;&oelig;uvre du dramaturge mexicain Rodolfo Usigli (1905-1979), et en particulier, &agrave; la plus embl&eacute;matique de ses pi&egrave;ces de th&eacute;&acirc;tre, <i>El gesticulador. Pieza pata demagogos en tres actos </i>(1937), inscrite au programme du concours du Capes, pour les sessions 2024 et 2025. &OElig;uvre charni&egrave;re s&rsquo;il en est, <i>El gesticulador</i> fait entrer ind&eacute;niablement le th&eacute;&acirc;tre d&rsquo;Usigli, mais aussi le th&eacute;&acirc;tre mexicain dans la modernit&eacute;. Rodolfo Usigli y propose ainsi une satire politico-historique qui soul&egrave;ve de nombreux d&eacute;bats concernant l&rsquo;institutionnalisation de la R&eacute;volution et les contours ontologiques d&rsquo;une suppos&eacute;e mexicanit&eacute;. </span></span></span></span></span></span></p> <p style="text-align:justify; margin-bottom:11px"><span style="font-size:11pt"><span style="line-height:107%"><span style="font-family:Calibri, sans-serif"><span style="font-size:12.0pt"><span style="line-height:150%"><span new="" roman="" style="font-family:" times="">Ce dossier entend proposer une analyse renouvel&eacute;e de l&rsquo;&oelig;uvre phare du th&eacute;&acirc;tre mexicain du XX&egrave;me si&egrave;cle, en la repla&ccedil;ant dans son contexte historique, litt&eacute;raire et social et en en proposant une lecture critique &agrave; la lumi&egrave;re de outils th&eacute;oriques disponibles au XXI&egrave;me si&egrave;cle. Il est compos&eacute; de deux parties qui permettront d&rsquo;int&eacute;grer la pi&egrave;ce dans son contexte de production au sens large et de comprendre l&rsquo;esprit du titre en espagnol &laquo;&nbsp;el gesticulador&nbsp;&raquo;, en observant les contours de l&rsquo;ironie, de la feinte et du jeu du double. &laquo;&nbsp;El gesticulador&nbsp;&raquo;, litt&eacute;ralement, c&rsquo;est d&rsquo;abord celui qui fait des gestes, C&eacute;sar Rubio est donc &agrave; la fois l&rsquo;acteur de sa nouvelle vie et un personnage de th&eacute;&acirc;tre, selon une approche m&eacute;ta-th&eacute;&acirc;trale. Dans la pi&egrave;ce, le sens se rapproche de celui d&rsquo;&laquo;imposteur&nbsp;&raquo; (comme dans le titre en version fran&ccedil;aise), c&rsquo;est-&agrave;-dire celui qui trompe, qui se substitue &agrave; un autre, etc. La ma&icirc;trise du discours th&eacute;&acirc;tral de Rodolfo Usigli lui permet ainsi de cr&eacute;er une intrigue efficace fond&eacute;e sur l&rsquo;usurpation d&rsquo;identit&eacute;, et o&ugrave; l&rsquo;ironie prend racine, nous le verrons, &agrave; diff&eacute;rents niveaux.</span></span></span></span></span></span></p> <p style="text-align:justify; margin-bottom:11px"><span style="font-size:11pt"><span style="line-height:107%"><span style="font-family:Calibri, sans-serif"><span style="font-size:12.0pt"><span style="line-height:150%"><span new="" roman="" style="font-family:" times="">La premi&egrave;re partie, intitul&eacute;e &laquo;&nbsp;Implications litt&eacute;raires et id&eacute;ologiques dans l&rsquo;&oelig;uvre de Rodolfo Usigli&nbsp;&raquo; et compos&eacute;e de 4 articles, inviteront le lecteur &agrave; resituer la c&eacute;l&egrave;bre pi&egrave;ce de th&eacute;&acirc;tre dans son contexte litt&eacute;raire (dramaturgique et po&eacute;tique) mais aussi id&eacute;ologique. Si plusieurs articles de cette partie offrent en effet un panorama litt&eacute;raire, qu&rsquo;il soit diachronique ou comparatiste, permettant de replacer la pi&egrave;ce dans l&rsquo;&oelig;uvre plus g&eacute;n&eacute;rale d&rsquo;Usigli (th&eacute;&acirc;trale et po&eacute;tique) en interrogeant le traitement de la r&eacute;alit&eacute; politico-sociale, d&rsquo;autres s&rsquo;attellent &agrave; d&eacute;finir les implications id&eacute;ologiques et le choix des r&eacute;f&eacute;rences historiques pr&eacute;sentes au sein de la fiction.</span></span></span></span></span></span></p> <p style="text-align:justify; margin-bottom:11px"><span style="font-size:11pt"><span style="line-height:107%"><span style="font-family:Calibri, sans-serif"><span style="font-size:12.0pt"><span style="line-height:150%"><span new="" roman="" style="font-family:" times="">Kevin Perromat ouvre ce premier volet avec son article &laquo;&nbsp;<i>El gesticulador </i>y el teatro &laquo;&nbsp;impol&iacute;tico&nbsp;&raquo; de Rodolfo Usigli&nbsp;: evoluci&oacute;n e incongruencias est&eacute;ticas&nbsp;&raquo; dans lequel il r&eacute;alise une lecture pr&eacute;cise et avis&eacute;e d&rsquo;un large corpus r&eacute;uni sous le titre de &laquo;&nbsp;teatro o comedias impol&iacute;ticas&nbsp;&raquo;. En retra&ccedil;ant &laquo;&nbsp;la trajectoire po&eacute;tique et politique&nbsp;&raquo; de Rodolfo Usigli, il souligne que la th&eacute;matique politique jalonne la production dramaturgique du ma&icirc;tre mexicain et que le recours &agrave; la satire y est pr&eacute;pond&eacute;rant. Kevin Perromat d&eacute;gage trois &eacute;tapes (d&rsquo;un point de vue chronologique et th&eacute;matique) au sein de de son corpus: la production ant&eacute;rieure &agrave; <i>El gesticulador</i>, <i>El gesticulador</i>, les derni&egrave;res pi&egrave;ces politiques. Le choix judicieux fait par le chercheur d&rsquo;analyser <i>El gesticulador</i> &agrave; travers la comparaison des autres pi&egrave;ces dites &laquo;&nbsp;politiques&nbsp;&raquo; (ou <i>impol&iacute;ticas</i>) d&rsquo;Usigli nous permet d&rsquo;observer une &eacute;volution formelle, th&eacute;matique, mais &eacute;galement id&eacute;ologique et de comprendre combien <i>El gesticulador</i> est une pi&egrave;ce singuli&egrave;re, charni&egrave;re m&ecirc;me, dans la production du dramaturge mexicain. En effet, en repla&ccedil;ant la pi&egrave;ce au programme du Capes dans une production plus large, Kevin Perromat d&eacute;voile les sp&eacute;cificit&eacute;s propres au texte th&eacute;&acirc;tral devenu le plus embl&eacute;matique du dramaturge. Il &eacute;nonce trois motifs r&eacute;currents dans le th&eacute;&acirc;tre politique d&rsquo;Usigli&nbsp;-le magnicide, l&rsquo;attentat et l&rsquo;assassinat (motifs d&rsquo;ailleurs repris par ses disciples ensuite)- et questionne, dans chacune des pi&egrave;ces du corpus, le sous-genre auxquelles elles appartiennent, la dimension documentaire qu&rsquo;elles adoptent ou non, le lieu de l&rsquo;action et l&rsquo;objet ou le sujet de la satire. De mani&egrave;re extr&ecirc;mement m&eacute;thodique, K&eacute;vin Perromat d&eacute;taille les points de convergence et de divergence entre les pi&egrave;ces de son corpus. La lecture de cet article est ainsi indispensable pour quiconque cherchant &agrave; conna&icirc;tre l&rsquo;&oelig;uvre foisonnante, complexe et ambivalente de Rodolfo Usigli et se r&eacute;v&egrave;le &ecirc;tre une merveilleuse introduction &agrave; notre dossier.</span></span></span></span></span></span></p> <p style="text-align:justify; margin-bottom:11px"><span style="font-size:11pt"><span style="line-height:107%"><span style="font-family:Calibri, sans-serif"><span style="font-size:12.0pt"><span style="line-height:150%"><span new="" roman="" style="font-family:" times="">La th&eacute;matique politique dans l&rsquo;ensemble du corpus &eacute;tudi&eacute; dans le premier article se retrouve &eacute;galement dans la deuxi&egrave;me contribution, cette fois centr&eacute;e uniquement sur l&rsquo;&eacute;tude de <i>El gesticulador</i>. &laquo;&nbsp;Ficci&oacute;n y realidad en <i>El gesticulador</i> de Rodolfo Usigli: una tensi&oacute;n ir&oacute;nica&raquo; propose de revenir ainsi sur la r&eacute;alit&eacute; historique et politique mise en sc&egrave;ne dans la pi&egrave;ce, celle de la R&eacute;volution institutionnalis&eacute;e. Son auteur, Carlos Conde Romero, ne se limite &eacute;videmment pas &agrave; recontextualiser l&rsquo;&oelig;uvre, mais montre comment Usigli propose une satire du Mexique de son temps &agrave; travers l&rsquo;artifice de l&rsquo;usurpation d&rsquo;identit&eacute; (C&eacute;sar Rubio devenant l&rsquo;autre C&eacute;sar Rubio). En effet, selon Carlos Conde Romero, la critique de la phase institutionnalis&eacute;e de la R&eacute;volution mexicaine se fait habilement par le biais des jeux de masques propres au genre th&eacute;&acirc;tral. L&rsquo;ironie, qui va occuper les r&eacute;flexions de la plupart des auteurs de notre dossier, est ici &eacute;tudi&eacute;e &agrave; travers la fictionnalisation de l&rsquo;histoire et le chercheur d&eacute;montre comment Usigli, pr&eacute;curseur en la mati&egrave;re, d&eacute;monte la dimension mythique de la R&eacute;volution en d&eacute;voilant la dure r&eacute;alit&eacute; politique de l&rsquo;institutionnalisation du conflit o&ugrave; tout repose sur la fraude et sur la feinte. Afin d&rsquo;&eacute;tudier cette tension entre fiction et r&eacute;alit&eacute; dans la pi&egrave;ce, tension qui serait le socle de l&rsquo;ironie, Carlos Conde Romero commence par &eacute;tudier l&rsquo;intimit&eacute; du cercle familial de C&eacute;sar Rubio avant de prendre en compte l&rsquo;Histoire mexicaine &agrave; travers la &laquo;&nbsp;reconfiguration de la r&eacute;alit&eacute;&nbsp;&raquo; propos&eacute;e par Rodolfo Usigli, notamment lors de la construction fictive du r&eacute;volutionnaire C&eacute;sar Rubio et de son h&eacute;ro&iuml;sation extr&ecirc;me&nbsp;; puis il termine sa r&eacute;flexion par l&rsquo;analyse de la repr&eacute;sentation de la vie publique.</span></span></span></span></span></span></p> <p style="text-align:justify; margin-bottom:11px"><span style="font-size:11pt"><span style="line-height:107%"><span style="font-family:Calibri, sans-serif"><span style="font-size:12.0pt"><span style="line-height:150%"><span new="" roman="" style="font-family:" times="">En prolongement de cette r&eacute;flexion, Alejandro L&aacute;mbarry, dans son article &laquo;&nbsp;El discurso p&uacute;blico y oculto en <i>El gesticulador </i>de Usigli&nbsp;&raquo;, confronte pr&eacute;cis&eacute;ment le double discours pr&eacute;sent&eacute; au sein de la pi&egrave;ce comme l&rsquo;expression de la vie politique mexicaine. Le chercheur mexicain propose ici une lecture renouvel&eacute;e de <i>El gesticulador</i> en analysant les implications id&eacute;ologiques de Rodolfo Usigli &agrave; travers la th&eacute;matique politique. Selon Alejandro L&aacute;mbarry, dans la c&eacute;l&egrave;bre pi&egrave;ce de th&eacute;&acirc;tre mexicaine, on retrouve &laquo;&nbsp;la vision conservatrice, fataliste et essentialiste de la politique mexicaine&nbsp;&raquo; du dramaturge. En reprenant la th&eacute;orie de James C. Scott sur les liens entre les textes publics et les textes cach&eacute;s, l&rsquo;auteur de l&rsquo;article montre que les deux discours pr&eacute;sents dans l&rsquo;&oelig;uvre sont un moyen pour Usigli de d&eacute;voiler &laquo;&nbsp;le m&eacute;canisme complexe des d&eacute;cisions des politiques&nbsp;&raquo;, et pointe que cet aspect sur l&rsquo;hypocrisie du politique, &agrave; valeur universelle, est l&rsquo;un des grands int&eacute;r&ecirc;ts de l&rsquo;&oelig;uvre. Ainsi, la critique initiale pr&eacute;sent&eacute;e par Alejandro L&aacute;mbarry, sugg&eacute;rant que certaines postures d&eacute;velopp&eacute;es dans la pi&egrave;ce apparaissent &laquo;&nbsp;dat&eacute;es&nbsp;&raquo;, car conservatrices, est habilement contrebalanc&eacute;e par une deuxi&egrave;me partie qui s&rsquo;attache &agrave; d&eacute;montrer les &eacute;l&eacute;ments novateurs de l&rsquo;&oelig;uvre, qui justifient la place de choix qu&rsquo;occupe <i>El gesticulador</i> dans l&rsquo;&oelig;uvre d&rsquo;Usigli et dans l&rsquo;histoire litt&eacute;raire mexicaine. </span></span></span></span></span></span></p> <p style="text-align:justify; margin-bottom:11px"><span style="font-size:11pt"><span style="line-height:107%"><span style="font-family:Calibri, sans-serif"><span style="font-size:12.0pt"><span style="line-height:150%"><span new="" roman="" style="font-family:" times="">Enfin, pour clore ce volet, dans son article, &laquo;&nbsp;La nueva decadencia&nbsp;: Estados Unidos en <i>El gesticulador</i> y en la producci&oacute;n po&eacute;tica de Rodolfo Usigli&nbsp;&raquo;, le sp&eacute;cialiste de po&eacute;sie, Ivan Brise&ntilde;o Valdez, nous fait d&eacute;couvrir l&rsquo;&oelig;uvre po&eacute;tique de Rodolfo Usigli, plus m&eacute;connue que sa production th&eacute;&acirc;trale. En se focalisant sur la repr&eacute;sentation du pays voisin du Mexique, il cr&eacute;e des ponts th&eacute;matiques entre des motifs lyriques r&eacute;currents dans l&rsquo;&oelig;uvre d&rsquo;Usigli et certains aspects de <i>El gesticulador</i>, notamment autour de la femme, mexicaine et &eacute;tats-unienne, de l&rsquo;importance de l&rsquo;argent et du personnage de Bolton et de la culture &eacute;tats-unienne. A travers une analyse minutieuse du langage lyrique et th&eacute;&acirc;tral, Ivan Brise&ntilde;o Valdez souligne la charge critique et sentimentale que Rodolfo Usigli applique &agrave; chacun des deux pays, si proches et si &eacute;loign&eacute;s, selon l&rsquo;expression consacr&eacute;e. En effet, la voix po&eacute;tique et celle du dramaturge offrent une critique acerbe des Etats-Unis, repr&eacute;sent&eacute;e comme une soci&eacute;t&eacute; d&eacute;cadente, r&eacute;v&eacute;lant en creux la posture &eacute;galement critique et satirique d&rsquo;Usigli face &agrave; la soci&eacute;t&eacute; du Mexique post-r&eacute;volutionnaire, ainsi qu&rsquo;une profonde nostalgie envers le pays d&rsquo;origine, selon l&rsquo;auteur de l&rsquo;article.</span></span></span></span></span></span></p> <p style="text-align:justify; margin-bottom:11px"><span style="font-size:11pt"><span style="line-height:107%"><span style="font-family:Calibri, sans-serif"><span style="font-size:12.0pt"><span style="line-height:150%"><span new="" roman="" style="font-family:" times="">La deuxi&egrave;me partie, qui a pour titre &laquo;&nbsp;Jeu de masques,&nbsp;des gesticulateurs en puissance&nbsp;&raquo;, est quant &agrave; elle constitu&eacute;e de quatre articles qui analysent en profondeur la pi&egrave;ce de th&eacute;&acirc;tre, en particulier autour du concept d&rsquo;ironie, du double, et des personnages secondaires.</span></span></span></span></span></span></p> <p style="text-align:justify; margin-bottom:11px"><span style="font-size:11pt"><span style="line-height:107%"><span style="font-family:Calibri, sans-serif"><span style="font-size:12.0pt"><span style="line-height:150%"><span new="" roman="" style="font-family:" times="">Le premier article &agrave; ouvrir ce volet, &laquo;&nbsp;Iron&iacute;as y gesticulaci&oacute;n. Notas sobre <i>El gesticulador</i>&raquo;<i> </i>propose une originale introduction &agrave; <i>El gesticulador</i> en retra&ccedil;ant la th&eacute;matique de la feinte et du simulacre au sein de la longue tradition litt&eacute;raire latino-am&eacute;ricaine pour ensuite en &eacute;tudier son h&eacute;ritage et son application dans la pi&egrave;ce d&rsquo;Usigli. Les chercheurs Mart&iacute;n Lombardo et Pablo Virguetti d&eacute;butent leur br&egrave;ve histoire de la litt&eacute;rature par le c&eacute;l&egrave;bre roman picaresque de Joaqu&iacute;n Fern&aacute;ndez de Lizardi, <i>Periquillo sarniento</i>. Ils observent comment est d&eacute;velopp&eacute;e la construction de l&rsquo;identit&eacute; &agrave; travers la figure du parasite, chantre des apparences. Ils d&eacute;veloppent ensuite leur analyse &agrave; partir de deux romans embl&eacute;matiques de la R&eacute;volution mexicaine, <i>Los de abajo</i> de Mariano Azuela et <i>La sombra del caudillo</i> de Mart&iacute;n Luis Guzm&aacute;n, puis en faisant r&eacute;f&eacute;rence &agrave; la nouvelle &laquo;&nbsp;Y nos dieron la tierra&nbsp;&raquo; de Juan Rulfo, abordant le m&ecirc;me th&egrave;me. Cette &eacute;tude pr&eacute;liminaire bas&eacute;e sur l&rsquo;Histoire litt&eacute;raire est un point de d&eacute;part &eacute;clair&eacute; pour &eacute;tudier ensuite le discours dans le contexte insurrectionnel mis en sc&egrave;ne dans <i>El gesticulador</i>, sous l&rsquo;angle de &laquo;&nbsp;l&rsquo;Histoire imagin&eacute;e ou le th&eacute;&acirc;tre comme anti-histoire&nbsp;&raquo;. Afin de pointer la pr&eacute;dominance d&rsquo;un discours officiel assimil&eacute;, Mart&iacute;n Lombardo y Pablo Virguetti d&eacute;voilent la construction des personnages propos&eacute;e par Usigli, en les comparant &agrave; des masques, &agrave; des marionnettes ou &agrave; des fant&ocirc;mes. Ils observent enfin la critique de la R&eacute;volution op&eacute;r&eacute;e par Usigli &agrave; travers une int&eacute;ressante approche psychanalytique des personnages, confront&eacute;s aux temps de crise. Enfin, la conclusion sur le caract&egrave;re quichottesque de C&eacute;sar Rubio ouvrira, sans nul doute, de nouvelles pistes de r&eacute;flexion.</span></span></span></span></span></span></p> <p style="text-align:justify; margin-bottom:11px"><span style="font-size:11pt"><span style="line-height:107%"><span style="font-family:Calibri, sans-serif"><span style="font-size:12.0pt"><span style="line-height:150%"><span new="" roman="" style="font-family:" times="">L&rsquo;article suivant&nbsp;; intitul&eacute; &laquo;&nbsp;El doble como tema y las figuras del c&iacute;nico&nbsp;&raquo;, r&eacute;v&egrave;le un autre socle de l&rsquo;ironie, puisque son auteur, Julio Z&aacute;rate, prend quant &agrave; lui comme axe de lecture de sa premi&egrave;re partie le processus du d&eacute;doublement et le jeu entre mensonge(s) et v&eacute;rit&eacute;(s). Comme approfondissement &agrave; l&rsquo;&eacute;tude du d&eacute;doublement de C&eacute;sar Rubio, il choisit judicieusement d&rsquo;analyser dans une deuxi&egrave;me partie la mati&egrave;re dramatique du protagoniste &agrave; travers &laquo;&nbsp;la figure du cynique&nbsp;&raquo;, figure qui incite &agrave; adopter une approche nouvelle pour analyser l&rsquo;imposteur et le gesticulateur qu&rsquo;est C&eacute;sar Rubio (et par extension, son double, le g&eacute;n&eacute;ral Navarro). Selon l&rsquo;auteur de l&rsquo;article, le dramaturge op&egrave;re une critique f&eacute;roce de la R&eacute;volution et de la soci&eacute;t&eacute; de son temps &agrave; travers, justement, le cynisme de son personnage. De mani&egrave;re d&eacute;taill&eacute;e, l&rsquo;article r&eacute;fl&eacute;chit ainsi aux concepts d&rsquo;hypocrisie, de d&eacute;magogie et d&rsquo;apparence qui, selon le dramaturge, d&eacute;finissent le Mexicain. La derni&egrave;re partie de cet article interroge l&rsquo;obsession de Miguel pour la v&eacute;rit&eacute;, une attitude en apparence en contrepoint &agrave; celle de son p&egrave;re. Cependant, selon les conclusions avis&eacute;es de Julio Z&aacute;rate, lors du d&eacute;nouement, Miguel semble incarner &agrave; son tour la figure du &laquo;&nbsp;cynique l&acirc;che&nbsp;&raquo;. </span></span></span></span></span></span></p> <p style="text-align:justify; margin-bottom:11px"><span style="font-size:11pt"><span style="line-height:107%"><span style="font-family:Calibri, sans-serif"><span style="font-size:12.0pt"><span style="line-height:150%"><span new="" roman="" style="font-family:" times="">Pour continuer &agrave; r&eacute;fl&eacute;chir sur l&rsquo;artifice du d&eacute;doublement, l&rsquo;article &laquo;&nbsp;La incertidumbre del yo&nbsp;: una lectura de <i>El gesticulador</i> de Rodolfo Usigli&nbsp;&raquo; de Camilo Bogoya permet une approche compl&egrave;te de la dramaturgie du &laquo;&nbsp;moi&nbsp;&raquo; dans la pi&egrave;ce car il analyse &laquo;&nbsp;la construction et la d&eacute;construction du moi&nbsp;&raquo;. L&rsquo;&eacute;tude de la notion de personnage y est ici particuli&egrave;rement aboutie et d&eacute;voile le potentiel sc&eacute;nique n&eacute; de l&rsquo;usurpation d&rsquo;identit&eacute;. L&rsquo;auteur se penche d&rsquo;abord sur le personnage de C&eacute;sar Rubio afin de mettre en avant les tensions entre la fiction et la r&eacute;alit&eacute; autour de la question identitaire. Il d&eacute;veloppe ensuite son analyse autour des personnages secondaires (en interrogeant par exemple &eacute;galement le cas de Miguel), concernant notamment les sc&egrave;nes o&ugrave; se joue l&rsquo;<i>anagnorisis</i>, d&eacute;montrant ainsi avec lucidit&eacute; les implications sociologiques qu&rsquo;Usigli soul&egrave;ve en s&rsquo;appuyant sur les sp&eacute;cificit&eacute;s du genre th&eacute;&acirc;tral. Comme les auteurs de ce second volet, il s&rsquo;int&eacute;resse &agrave; la repr&eacute;sentation de la mexicanit&eacute; dans le contexte d&rsquo;&eacute;criture de la pi&egrave;ce, et la troisi&egrave;me partie de l&rsquo;article propose, &agrave; cet effet, une analyse extr&ecirc;mement pertinente du &laquo;&nbsp;moi&nbsp;&raquo; collectif &agrave; travers &laquo;&nbsp;les repr&eacute;sentations culturelles, les imaginaires et les r&eacute;alit&eacute;s d&rsquo;une soci&eacute;t&eacute;&nbsp;&raquo;. L&rsquo;&eacute;tude m&eacute;thodique des formes plurielles du moi propos&eacute;e par Camilo Bogoya permet de d&eacute;voiler, en examinant la construction des personnages, les intentions critiques de Rodolfo Usigli et l&rsquo;un des apports les plus fondamentaux de cette &eacute;tude est le lien &eacute;tabli entre le recours &agrave; l&rsquo;<i>anagnorisis</i> (r&eacute;elle ou feinte) et la contribution au d&eacute;bat sur la mexicanit&eacute; propos&eacute;e par le dramaturge, fond&eacute;e sur l&rsquo;incertitude. </span></span></span></span></span></span></p> <p style="text-align:justify; margin-bottom:11px"><span style="font-size:11pt"><span style="line-height:107%"><span style="font-family:Calibri, sans-serif"><span style="font-size:12.0pt"><span style="line-height:150%"><span new="" roman="" style="font-family:" times="">M&oacute;nica C&aacute;rdenas, quant &agrave; elle, dans &laquo;&nbsp;Las gesticuladoras en el teatro de Rodolfo Usigli &raquo; concentre son analyse sur le traitement r&eacute;serv&eacute; aux personnages f&eacute;minins dans la pi&egrave;ce qui nous int&eacute;resse. En poursuivant l&rsquo;objectif de proposer une lecture renouvel&eacute;e de <i>El gesticulador</i>, nous avons entrevu au fil des articles certaines limites id&eacute;ologiques du texte d&rsquo;Usigli, notamment concernant son conservatisme (autour des m&oelig;urs des Etats-uniennes par exemple) ou essentialiste (quand il s&rsquo;agit de s&rsquo;int&eacute;grer au d&eacute;bat post-r&eacute;volutionnaire sur la mexicanit&eacute;). Ici, M&oacute;nica C&aacute;rdenas se propose de revenir sur les fondements de la soci&eacute;t&eacute; patriarcale mise en sc&egrave;ne dans la pi&egrave;ce, notamment autour des deux r&ocirc;les f&eacute;minins (Elena et Julia) aux implications diff&eacute;rentes (l&rsquo;une &eacute;tant la conscience &eacute;thique, l&rsquo;autre l&rsquo;id&eacute;aliste aveugle), mais qui partagent la m&ecirc;me position subalterne et ali&eacute;n&eacute;e au sein du foyer familial. Si seules deux femmes font partie de la distribution de la pi&egrave;ce, la chercheuse ajoute que les personnages masculins sont particuli&egrave;rement &laquo;&nbsp;masculinis&eacute;s&nbsp;&raquo;. En repla&ccedil;ant la pi&egrave;ce dans le sous-genre de la litt&eacute;rature de la R&eacute;volution mexicaine, M&oacute;nica C&aacute;rdenas pointe de mani&egrave;re pertinente la tradition de &laquo;&nbsp;litt&eacute;rature virile&nbsp;&raquo; et replace le texte dans un contexte non seulement historique mais aussi litt&eacute;raire masculinis&eacute;. En mettant en avant le patriarcat lettr&eacute; dans lequel s&rsquo;ins&egrave;re Rodolfo Usigli, elle nous invite &agrave; relire la pi&egrave;ce sous un nouvel angle tout en posant des jalons importants de la place de la femme dans les Lettres mexicaines du XX&egrave;me si&egrave;cle. </span></span></span></span></span></span></p> <p style="text-align:justify; margin-bottom:11px"><span style="font-size:11pt"><span style="line-height:107%"><span style="font-family:Calibri, sans-serif"><span style="font-size:12.0pt"><span style="line-height:150%"><span new="" roman="" style="font-family:" times="">&nbsp;Les contributeurs de ce dossier consacr&eacute; &agrave; <i>El gesticulador</i> ont r&eacute;v&eacute;l&eacute; les multiples artifices utilis&eacute;s par Rodolfo Usigli pour proposer une critique s&eacute;v&egrave;re du Mexique r&eacute;volutionnaire institutionnalis&eacute;. Ils ont, chacun &agrave; leur mani&egrave;re, cherch&eacute; &agrave; d&eacute;voiler les fondements de l&rsquo;ironie dans la pi&egrave;ce et leurs approches plurielles ont d&eacute;montr&eacute; la complexit&eacute; de l&rsquo;&eacute;criture du dramaturge mexicain. Leurs conclusions susciteront, sans nul doute, de nouvelles interrogations et inciteront le lecteur, je l&rsquo;esp&egrave;re, &agrave; relire le texte foisonnant de <i>El gesticulador</i>. D&rsquo;ailleurs, force est de constater que m&ecirc;me si les auteurs de ce dossier ont relev&eacute; des aspects aujourd&rsquo;hui d&eacute;pass&eacute;s ou aux connotations id&eacute;ologiques vieillies (comme l&rsquo;inclusion de la pi&egrave;ce au d&eacute;bat post-r&eacute;volutionnaire sur une d&eacute;finition d&rsquo;une suppos&eacute;e mexicanit&eacute;, ou l&rsquo;expression d&rsquo;un androcentrisme propre &agrave; la litt&eacute;rature virile), la remise en cause des m&eacute;canismes politiques &agrave; travers les jeux de masques et de discours (publics et cach&eacute;s) permis par le genre th&eacute;&acirc;tral reste tout &agrave; fait d&rsquo;actualit&eacute; aujourd&rsquo;hui, et la repr&eacute;sentation des liens entre l&rsquo;hypocrisie, la d&eacute;magogie et la carri&egrave;re politique demeure assur&eacute;ment universelle.</span></span></span></span></span></span></p>

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El gesticulador y el teatro “impolítico” de Rodolfo Usigli: evolución e incongruencias estéticas

Kevin PERROMAT

El presente ensayo persigue situar El gesticulador de Rodolfo Usigli, la obra más apreciada por la crítica y la historiografía literaria, dentro de su producción teatral de carácter esencialmente político. Este corpus, agrupado inicialmente por el autor bajo la rúbrica “teatro o comedias impolíticas”, comprende obras anteriores y posteriores a El gesticulador, menos populares (algunas nunca representadas) y que han recibido una considerable menor atención crítica o académica. A pesar de que la que se considera habitualmente como la obra...

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